Histoire des îles St Pierre et Miquelon

2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

Histoire des îles St Pierre et Miquelon - 2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

15xx : Histoire basque des îles Saint-Pierre et Miquelon

De quand date la présence basque à Terre-Neuve ?

En dehors de toute légende, nous pouvons affirmer que la présence basque dans les alentours de Terre-Neuve remonte jusqu’aux années 1530 (1), voire 1517 (2). Toute présence basque précédant ces dates n’est pas encore confirmée par les études archéologiques, paléographiques ou cartographiques. En ce qui concerne les îles Saint-Pierre et Miquelon, Jacques Cartier ne mentionne pas de pêcheurs basques dans les îles, mais seulement des marins et navires "tant de France que de Bretaigne". En 1541, Alonzo de Santa Cruz ne fait mention que de pêcheurs irlandais et bretons aux îles des Onze Mille Vierges.

Pourquoi réfuter les théories qui donnent une date précoce à la présence basque à Terre-Neuve ?

Certains vous diront que les basques étaient en Amérique avant Colomb ou Caboto, et le manque total de preuves ne suffit pas pour calmer leur ardeur. Ils avancent des théories assez curieuses comme la poursuite de cétacés qui aurait entrainé ces courageux marins vers les Grands Bancs de Terre-Neuve. Un examen plus sérieux révèle que ceci est impossible car les routes des cétacés, de part et d’autre de l’Atlantique se font généralement dans un sens Sud-Nord, puis Nord-Sud mais jamais Est-Ouest ou vice-versa. Les cétacés de l’Atlantique orientale et occidentale ne se croisent jamais, et sont deux populations disctinctes de part et d’autre de l’Atlantique. D’ailleurs il n’existe aucune baleine ou autre mammifère dans le milieu de l’Atlantique pour la bonne et simple raison qu’il n’y a aucun plancton. Si nous voulons faire de l’histoire, il faut adopter un esprit scientifique, rigoureux même si nous passons pour des êtres apparamment bornés.

Miquelon, et Saint-Pierre connus des basques en 1579.

Martin de Hoyarçabal, originaire de Cibourre, publia pour la première fois en 1579 son routier (3), il y décrit clairement les îles Saint-Pierre et Miquelon. "Sçaches que le cap de Breton, & les Isles de S.Pierre gisent est ouest quart de noroest & suest, ya 45. lieues. […] Gisent cap de Breton & le pertuis de Micquetö est ouest, ya 42 l. […] Gisent le Colombeire de S.Pierre & le pertuis(4) de Micquelle nort norroest & su suest, ya 7. lie…es". C’est dans ce texte écrit en français par un basque que l’on trouve la plus ancienne référence à l’île de Miquelon, et ceci 46 ans avant la publication de la célèbre carte du capitaine Mason.

La présence basque à Saint-Pierre vers 1602, Juanes de Liçaurdi.

En ce qui concerne les îles Saint-Pierre et Miquelon, il semblerait que la présence basque saisonnière s’est faite dans les deux îles. Nous pouvons à cet effet nous assurer que Saint-Pierre fut un des sites de pêche d’un capitaine labourdin Juanes de Liçaurdi qui travaillait pour Adam de Chibau de Saint-Jean de Luz entre 1602 et 1611. Nous pouvons confirmer ceci car il existe sur un des cartes les plus anciennes de de l’île de Saint-Pierre datant de1694, un "Havre de Lizardie" (ou encore Lisardie). Ce nom est très proche de "Liçaurdi" et ne saurait être qu’une francisation du nom de ce capitaine. L’île de Saint-Pierre, est quand même restée majoritairement malouine pendant la période précédent le traité d’Utrecht, et la présence basque était tout comme à Plaisance, soit minoritaire, soit ignorée par les administrateurs de la colonie. D’ailleurs, les basques français naviguaient bien souvent sous pavillon espagnol pour ne pas être soumis aux querelles franco-britanniques ou franco-hispaniques.

Présence basque sur l’ile de Miquelon-Langlade

Qu’en est-il de la présence basque dans la plus grande des îles de l’Archipel? La carte de 1612 de Champlain donne deux noms intéressants à cette île sur deux cartes distinctes mais contemporaines. Samuel de Champlain placera d’abord à coté de l’île Miquelon-Langlade le nom "ille aux basques" puis sur une autre carte l’inscription "pot aux basques".

Pierre Detcheverry edo Dorre et l’Archipel – 1677 (5)

Lors de la traduction de l’oeuvre de Hoyarçabal en labourdin, Pierre Detcheverry donne la description suivante de la position des îles Saint-Pierre et Miquelon: "IAquitecoduçu Escatadiac edo cap de Perton, eta Sen Pierretaco Irlac dauçala est vest hartcenduçula laurdenbat noroestetic edo sidisftetic eta dire batetic bertcera, 45.l. […] Halaber escatadiac eta Miquetongo entrada est vest eta dire, 42.l." Il placera ensuite les îles de Miquelon, Saint-Pierre, l’Ile Verte et le Cap dangleterre (Langlade) sur sa carte de 1689 (reproduction partielle ci-contre).

Présence basque dans les deux îles à la fin du XVIIIe

Un Capitaine basque, Martin de Sapiain, indiquera en 1697 les ports que fréquentaient à l’époque les marins de sa province (le Guizpuzkoa): "Que en el tiempo de su memoria, que la tiene de cuarenta y ocho aqos esta parte, habia visto que los naturales de esta provincia han ido las islas y costas de Terra Nova hacer pesca de bacallao eu cualquier puerto, como son Traspas, Santa Maria, Cunillas, Placencia, Petit Placencia, Petit Paradis, Martiris, BuriaChumea, Buria Andia, San Lorenz Chumea, San Laurenz Andia, San Pierre, Fortuna, Miquele Portu, Chasco Portu, Seqoria, Opot Portu, Tres Islas, Portuchoa y Echaide Portu que este ultimo lo descubrio Juan de Echaide. (6).

La présence basque moderne dans les îles

"Hu dià!" – 1895     La population basque qui se trouve de nos jours dans les îles est essentiellement descendante de pêcheurs et paysans basques émigrés au XIXe siècle. C’est aussi en général le cas de la majorité de la population des îles, qui ne s’est rétablie dans l’Archipel que depuis 1816. L’immigration basque à Saint-Pierre et Miquelon, s’est surtout intensifiée durant la deuxième moité du XIXe, cependant nombreux furent ceux qui retournèrent après quelques campagnes de pêche. Cette migration fut organisée par la famille Goyetche.

Lieux de naissance des basques arrivés dans l’Archipel au XIXe:

  • Ahetze
  • Alegria (Esp)
  • Amesqueta (Esp)
  • Anglet
  • Arabaz (Esp)
  • Aramits
  • Arbonne
  • Arcangues
  • Ascain
  • Bassussary
  • Bayonne
  • Bera (Esp)
  • Biarritz
  • Bidart
  • Biriatou
  • Briscous
  • Cambo
  • Ciboure
  • Espelette
  • Etchelaré
  • Fontarabie (Esp)
  • Glatzou
  • Guéthary
  • Guiche
  • Hasparren
  • Hendaye
  • Hernani (Esp)
  • Irun (Esp)
  • Itxassou
  • Labastide
  • Lahonce
  • Larrau
  • Larressore
  • Louhassoa
  • Lestelles
  • Mendionde
  • Ossès
  • Saint-Esprit
  • Saint-Etienne-de-Baïgorry
  • Saint-Jean-de-Luz
  • Saint-Just-Ibarre
  • Saint-Paul
  • St-Pée
  • Sare
  • Sumbillo (Esp)
  • Urrugne
  • Ustaritz
  • Zugaramurdi (Esp)

Les basques qui émigrèrent vers les îles venaient surtout de cinq pôles importants: Guéthary – Bidart, Saint-Jean-de-Luz – Ciboure, Urrugne, Hendaye et Saint-Pée. Mais les origines ne se limitent pas à ces centres: on trouve de basques venant du côté espagnol (Fontarabie, Irun …) ainsi que de villages du coeur du Pays basque tels que Saint-Etienne de Baïgorry.

On retrouve même dans un livre américain du début du siècle un témoignage unique de cette présence:

"I returned along the road with a gleam of bright sunlight falling over my shoulder. At a farm I observed an old man with huge trousers of meal sacking, engaged in sawing wood with a bucksaw which he held between his knees, rubbing the stick up and down on the teeth. The old man’s red sash told me he was a Basque. He invited me to inspect his pigs, hens and cows, but thy did not interest me as much as the Basque himself. His wrinkled face, bright eyes, and sweeping mustaches would have warmed a painter’s heart. He was a very voluble old fellow, and for half an hour he told me words and phrases in the mysterious and little-known Basque tongue. No foreigner, I believe, has ever learned to speak it well, and one must be born a Basque to fathom its complexities. Sailors claim the only outsider who has ever learned Basque is the Old Boy himself. After I chatted pleasantly with the man from the Pyrenees, I bade him good-by and returned to the heights overlooking drowsy St. Pierre." George A. England Isles of Romance
Un grand nombre de patronymes basques sont courants à Saint-Pierre et Miquelon, et cette population a su garder quelques éléments de sa culture ancestrale. Il est courant de voir des manifestations culturelles et sportives basques dans l’Archipel.

Le symbole le plus connu de cette culture, est la présence du fronton "Zazpiak-bat" place Richard Briand. Construit en 1906 sous l’impulsion de M. Erausquin et le cercle Zazpiak-bat, il devait remplacer un fronton en bois qui avait été brulé pour des raisons politiques. Cette association, existe encore de nos jours, et bien d’autres clubs basques ont vu le jour formant ainsi la ligue de Saint-Pierre et Miquelon.

L’Archipel fut la scène d’un Tournoi International de Paleta. Organisé de longue date, cet évènement sportif regroupa les délégations du Canada, de la Belgique, de Nouvelle Calédonie, de la Réunion, de Corse, du Nord et de Saint-Pierre. Le tournoi s’est déroulé du 28 juin au 5 juillet 1996.

1. Selma Huxley, "Los vascos en el marco Atlantico Norte. Siglos XVI y XVII" Itsasoa vol. III (San Sebastian).
2. Un document daté du 23 septembre 1517 et analysé par Jacques Bernard de l’Université de Bordeaux III, indiquerait que des pêcheurs de Saint-Jean de Luz auraient ramené de la morue verte de Terre-Neuve pour la vendre à Bordeaux. Jacques Bernard, Navires et gens de mer à Bordeaux, Paris, SEVPEN. Vol II, p 807.
3. Les voyages avantureux du capitaine Martin de Hoyarçabal, habitant de Cubiburu. (Bordeaux, 1579). Bibliothèque Nationale de France.
4. Pertuis: n. m. 1. Trou, ouverture, creux. A.J. Greimas, Dictionnaire de l’ancien français (Paris, 1980), 487
5. Pierre Detcheverry dit Dorre, Liburuhauda Ixasoco nabigacionecoa (Bayonne 1677), Bibliothèque Nationale de France.
6. D.C. Prowse, History of Newfoundland from the English, Colonial, and Foreign Records. (New York, 1895), 48-49.

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