Histoire des îles St Pierre et Miquelon

2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

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1938 : Un meurtre à l’île-aux-Chiens (4)

Le récit d’Emile Sasco :
Un meurtre à l’île-aux-Chiens.
Saint-Pierre, le 19 février 1938.

Affaire Néel Auguste & Ollivier Louis.
Un meurtre à l’île-aux-Chiens.

La guillotine arrivait à St-Pierre le 22 août. C’était une vieille machine datant presque du début de son invention. Ne disait-on pas qu’elle avait servi à l’exécution de la malheureuse reine Marie-Anoinette. Il n’y manquait que la plate-forme avec sa demi-douzaine de marches.

Le couperet était suspendu au sommet au moyen d’une corde passée dans une poulie. Il suffisait de dérouler rapidement cette corde du taquet qui la retenant et fixé sur l’un des montants pour que l’instrument de mort accomplit son oeuvre.

L’exécution du condamné fut fixée au 24 août. Comme il s’y attendait, le Gouveneur ne trouva aucun ouvrier qualifié qui voulut bien consentir à remplir le triste office qu’on sollicitait de lui … Tous les corps de métier se récusèrent. Par l’intermédiaire du Capitaine Lecorgne, il s’adressa alors aux hommes de la compagnie de disciplinaires, mais à sa grande surprise, il reçut de ceux-ci un refus formel, quels que fussent les avantages qu’on leur promettait.

Il fallait cependant en finir. A qui s’adresser? On ne savait. Et l’anxiété était à son comble dans les bureaux administratifs, lorsque le Procureur de la République réussit enfin à tirer tout le monde d’embarras. Il manda en son Cabinet un nommé Legent Jean-Marie, marin-pêcheur, condamné récemment à 3 mois de prison pour vol. C’était un paresseux préférant marauder que de se livrer à son métier. Le Chef du Parquet lui ayant promis qu’il lui serait fait grâce de sa peine de prison et qu’il recevrait en outre une somme de 500 francs s’il consentait à replir l’office de bourreau, Legent accepta. Il aurait comme aide son frère utérin Bannech Guillaume, individu peu recommandable.

Il était temps. On était au vendredi matin et l’exécution, nous l’avons dit, devait avoir lieu le lendemain matin à l’aube. Mais avant d’y procéder, il parut indispensable, afin de n’être pas pris au dépourvu au dernier moment, de s’assurer si la guillotine était en état de bon fonctionnement. Et bien l’on fit. La machine fut montée dans l’atelier des Travaux. Un veau servit de victime… innocente. L’animal est décapité mais pas complètement, la tête restant suspendue à un lambeau de chair que l’on tranche au couteau. Pareil incident pouvant se produire le lendemain, Legent est invité à se prémunir d’un couteau à trancher la morue.

Le veau, dépecé, fut distribué au personnel des Travaux, mais au moment de le servir, il paraît que nul ne voulut en goûter!!

A noter que Me Behaghel, défenseur de Néel crut de son devoir de protester auprès du Procureur de la République, inquiet des conditions dans lesquelles devait être exécuté l’arrêt de justice, la charge d’exécuteur des hautes oeuvres ne pouvant être exercée que par l’agent légalement investi de cette fonction.

Le Parquet répondit par une fin de non recevoir basée sur le câble ministériel du 26 juillet.

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