Histoire des îles St Pierre et Miquelon

2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

Histoire des îles St Pierre et Miquelon - 2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

1835 – France Pittoresque par Abel Hugo

FRANCE PITTORESQUE
Par Abel Hugo, 1835
HISTOIRE.

On croit être certain que vers 1504, Terre-Neuve et les terres du continent voisin (le Canada et l’Acadie) ont été reconnus par les Basques français et par les marins bretons qui se livraient à la pèche de la baleine. Quelques écrivains ont même prétendu que dès le milieu du XIVe siècle, avant la découverte des Antilles par Colomb, l’Amérique septentrionale était fréquentée par les Basques qui, dan» l’intérêt de leur pêche, tenaient cette découverte secrète. On sait que lorsque Jacques Cartier, qui passe pour avoir découvert le Canada et Terre-Neuve, toucha a cette île, la plupart des caps et des baies portaient déjà des noms français et basques. — La France a longtemps possédé le Canada, cite a eu des établissements fixes à Terre-Neuve, tant à la baie de Plaisance «a midi, que dans la partie de l’est et du nord. — En 1713, par le traité d’Utrecht , elle a été forcée de céder à l’Angleterre (outre 1′ Acadie, la possession entière de Terre- Neuve , en se réservant seulement le droit de pèche sur le grand banc qui eu dépend, et, pour les sécheries et les établissements temporaires de» pêcheries, l’usage d’une certaine étendue de eûtes. – Le traité de 1763 , a enlevé, à la France, le Canada, l’Ile Royale (ou du cap Breton), et l’Ile Saint-Jean située à l’embouchure du golfe Saint-Laurent. — 11 ne lui est resté depuis lors que les Iles Saint Pierre et Miquelon. — En 1783, le traité de Versailles, a fixé l’étendue des cotes de Terre-Neuve, dont la France a l’usage temporaire, a la partie située, en remontant par le nord, depuis le cap Saint-Jean jusqu’au cap de Haye. Ce traité a de plus assuré à la France sou droit de pêche, qu’elle ne peut exercer, dans le golfe Saint Laurent, qu’a trois lieues des côtes appartenant à la Grande-Bretagne, et en dehors de ce golfe, qu’à quinze lieues de l’Ile Royale, et qu’a trente de l’Acadie.

DESCRIPTION.

L’Ile Saint-Pierre et les deux îles Miquelon (la Grande et la Petite) forment un groupe situé au sud de Terre-Neuve, à l’embouchure du golfe St-Laurent, par le 47° latit. N, et entre les 68° et 59° longit O. M. de Paris. Elle sont plates et peu boisées. — Le climat, pareil à celui de l’île de Terre-Neuve, est très sain. D’après le journal météréologique de M. Leroi , capitaine de port, à Saint Pierre, sur 761 jours, on en a compté 238 de très beau temps , 196 de gelée et 191 de brumes. Les vents dominants ont été ceux de l’ouest au nord, qui ont soufflé pendant 182 jours. — On trouve, dans ces Iles, quelques-uns des arbres et arbustes fruitier» de France- Les bois renferment des pommiers sauvages , des groseilliers à maquereau, des framboisiers et des fraisiers dont les fruits sont très parfumés et très abondants. — On y remarque aussi deux végétaux (le vaccinum hispidulum et le ledum latifolina) , avec lequel ici habitants font une boisson chaude qui remplace pour eux le thé; ou la nomme thé lacet. Celte boisson, d’un goût agréable, d’un parfum suave, a sur le thé l’avantage de ne point ébranler le système nerveux, quelle que soit la quantité qu’on en prenne; il serait à désirer qu’où essayât d’en introduire l’usage et la culture en France. — Parmi les minéraux, on trouve une substance lamelle use pareille au talc, et des cristaux d’un éclat métallique jaunâtre, faisant feu sous le briquet, et répandant alors une forte odeur de souffre. — Les côtes des Iles Saint-Pierre et Miquelon sont généralement basses, plates et propres à établir des sécheries; elles appartiennent an gouvernement, qui en fait concession aux pécheurs , moyennant certaines conditions. — Ces îles ont été peuplées en grande partie par les colons français, chassés de l’Acadie en 1755. — Les Miquelonnais, qui forment environ la moitié de la population sédentaire de la colonie, descendent sans mélange, des anciens Acadiens. Les habitants de Saint-Pierre sont de race acadienne et normande, mêlées.

SAINT-PIERRE, situé dans l’Ile de ce nom, est le chef-lieu du gouvernement ; c’est une petite bourgade où tout annonce l’activité et l’industrie On y trouve des bâtiments publics passables, plusieurs maisons assez bien bâties quoique petites, des magasins vastes, commodes, impénétrables a l’humidité, et où la qualité de la morue qui y a passé un hiver, s’améliore. — Le bourg a malheureusement un parfum de pèche qui eu rend le séjour peu agréable pour un étranger.— Il est à proximité d’une rade ouverte aux bâtiments de toute grandeur, et possède un excellent port où peuvent mouiller cinquante navires d’un tirant d’eau de douze pied, et capable de contenir en outre un grand nombre de bâtiments de moindre grandeur.

MIQUELON — Ce bourg , situé dans la Grande-Miquelon, n’offre rien de remarquable. — Ses habitants sont actifs et industrieux, pécheurs habiles, hardis matelots. — Ils possèdent 40 à 50
goélettes pontées, et 250 à 300 embarcations et pirogues, avec lesquelles , aidés des passagers hivernants , ils vont pécher à l’embouchure du Saint-Laurent et à la cote ouest de Terre-Neuve. Chacune des goélettes fait trois voyages par saison et rapporte environ 2,500 kil. de morne.

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION.

Le commandement des Iles Saint-Pierre et Miquelon est confié à un officier de marine. — Un sous-commissaire de marine de 2* classe est inspecteur colonial. — Un officier de santé de lre classe est chargé du service Je santé. — La police du port et de la rade est confiée à un capitaine du port.—La réunion de ces fonctionnaires et du juge de 1re instance forme le conseil de gouvernement et d’administration , dont le commandant des îles est président.

JUSTICE. — Il existe dans la colonie : — 2 tribunaux de pair, dont les juges sont en même temps juges de police et officiers de police judiciaire (l’un à Saint-Pierre. — Les fonctions de juges y sont remplies par le notaire de la colonie. — L’autre à Miquelon. — Les fonctions de juge sont remplies par le commis de marine chargé du service de cette île ). — Un tribunal de 1re instance (à Saint-Pierre), composé d’un seul juge sans ministère public, assisté d’un commis-greffier assermenté. — Un conseil d’appel ( à Saint-Pierre), composé du commandant de la colonie, président, et de deux fonctionnaires Les fonctions du ministère public y sont remplies par l’inspecteur colonial.— Ce conseil, auquel sont portés les appels du tribunal de première instance, juge en premier et dernier ressort les affaires correctionnelles et criminelles. Dans le cas où il se constitue en tribunal criminel, il se complète par l’adjonction de quatre notables, choisis sur la liste générale.

HYPOTHEQUES — Il y a à Saint-Pierre un bureau de conservation des hypothèques pour les îles Saint-Pierre et Miquelon. — L’inspecteur colonial remplit les fonctions de conservateur.

  • Les dépenses du service colonial aux lies Saiut-Pierre et Miquelon , sont fixées, pour 1834, à 106,400 f.
  • Il doit être pourvu à ces dépenses avec les recettes provenant des droits et autres revenus locaux 1,300
  • Et au moyen d’une allocation (sur le million affecté au service intérieur des colonies) de 103,000
  • Total 106,100 f.

POPULATION.

  • La population de la colonie se compose :
  • Des colons en résidence permanente, dits pécheurs sédentaires, et au nombre (en 183 ) de : 891
  • Des pécheurs hivernants (population mobile et renouvelée chaque année). : 3()0
  • Total de la population pendant l’hiver. . . , 1191
  • II faut y joindre les pécheurs qu’on nomme passagers, et qui retournent en France après la pèche 300
  • Total pendant la saison de la pèche. 1491

Toute la population sédentaire de la colonie (hommes, femmes, vieillards, enfants, a partir de l’Age le plus tendre) se livre aux travaux de la pèche. Sur les 891 habitants dont elle se compose, 591 sont occupés aux travaux de manipulation dont l’exécution a lieu à terre, les 300 autres sont pécheurs , et vont en mer prendre le poisson.

INDUSTRIE ET COMMERCE.

II n’y a d’antre industrie dans la colonie que celle de la fabrication de la morue: les négociants de la métropole, armateurs de navires qui vont pécher au banc de Terre-Neuve sont véritablement ! les chefs de la fabrique de morue de Saint-Pierre et Miquelon , à laquelle ils impriment le mouvement et la vie.

La colonie ne possède qu’une très faible somme d’espèces monétaires; LA véritable monnaie est la morue. Tous les objets de première nécessité importés de France (biscuits, farines, sels, vins, eaux-de-vie, voiles, cordages, fers, ustensiles de pèche, lainages , chaussures, etc.) sont soldés avec de la morue. Ce sont les avances de ces articles remboursables en morue qui mettent les Miquelonnais en état de gréer leurs goélettes et leurs embarcations de pèche. La morue est même consacrée aux transactions de détail. Une délibération du conseil du gouvernement et d’administration porte que le pécheur doit payer, par privilège sur sa part de pêche, le marchand qui lui fournit ses habillements de pèche et Us substances de sa famille, le boulanger qui cuit son pain, l’habitant qui le loge pendant l’hiver et celui qui a blanchi ses effets pendant l’année.
M. de Montveran, dans sa Statistique des colonies européennes, évalue à 6,700,916 fr. la valeur réelle des importations de Saint Pierre et Miquelon, il a sans doute compris dans cette somme l’importance de la morue pèchée SUR le grand banc par les navires venus de France. En estimant avec M. Marée, chef du bureau des pèches, les exportations des pêcheries de Saint-Pierre et Miquelon a. 4,000,000 k. de poisson, on trouve que cette quantité représente à 82 fr. 50 c. le quintal métrique (prix moyen des colonies), une somme de 1,800,000 fr. égale à la masse des importations évaluées par le même M. Marée, à 1,300,000 fr. dont 1,000,000 fr. pour les importations de France, et 300,000 fr. pour les importations en bois et farines tirées d’Amérique.

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