Histoire des îles St Pierre et Miquelon

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Remarques sur un crâne de l’île aux Chiens décrit par Winslow (1722)

Notes au sujet de l’article ci-dessous.

  • hervehenrigeorgesGeorges Hervé - Docteur en médecine (Faculté de médecine de Paris), professeur-adjoint à l’École d’Anthropologie. Né à Strasbourg (Bas-Rhin), le 19 février 1855. Directeur de la Revue de l’Ecole d’anthropologie. Mort à Paris le 16 octobre 1932. Préparateur du Pr Mathias-Duval, il entre à la Société d’anthropologie en 1880. Il soutient sa thèse en 1888 sur la circonvolution de Broca dans les cerveaux des primates et de l’homme. Chargé du cours d’anthropologie zoologique à l’Ecole d’anthropologie, il devient titulaire en 1888 et professeur à la chaire d’ethnologie en 1891. [ref]
  • Jacques-Bénigne Winslow – Jacob Benignus Winsløw, ou Jacques-Bénigne Winslow, né à Odense le 2 avril 1669 et mort à Paris le 3 avril 1760, est un médecin français d’origine danoise. [ref]
  • A la lecture de l’article ci-dessous, il est impossible d’établir avec certitude que ce crâne fut bel et bien trouvé à l’île aux Chiens, archipel de Saint-Pierre et Miquelon ou sur une autre île du même nom à une latitude plus septentrionale. Il existe une île aux Chiens près du Groenland : Hunde Ejlande or Dog’s Island. [ref]
  • En 1721-1722 l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon était un territoire britannique (traité d’Utrecht – 1713).

Remarques sur un crâne de l’île aux Chiens décrit par Winslow (1722)

M. Georges Hervé   lien Journal de la Société des Américanistes  lien
Année   1909, Volume   6, Numéro   6, pp. 254-263

crane-1Le crâne américain décrit et figuré en 1722, dans les Mémoires de l’Académie royale des sciences, par le célèbre anatomiste Jacques-Bénigne Winslow [1], n’a été tiré de l’oubli qu’une seule fois, à notre connaissance, depuis cent quatre-vingt-six ans. Les éminents auteurs du Crania Ethnica lui ont accordé une courte mention ; et les quelques mots qu’ils lui consacrent, marquent heureusement sa place dans l’histoire des lents, des hésitants débuts de la science des races. « Winslow — disaient MM. de Quatrefages et Hamy — décrit un crâne d’Esquimau, Hunauld fait connaître la déformation du crâne caraïbe, Daubenton enfin détermine l’angle occipital et applique le premier, à l’étude de la tête, les méthodes géométriques, etc. [2] »

En revenant aujourd’hui sur cette très vieille observation, nous pouvons donc en laisser de côté l’importance historique ; elle est acquise. Le nom de Winslow est inscrit désormais à côté de ceux des fondateurs de la craniologie ethnique, les Hunauld, les Daubenton, les Camper et les Blumenbach. Tout autre est l’objet que nous nous proposons. Nous voudrions faire voir que la pièce qu’un hasard heureux avait mise entre les mains de Winslow, et qu’il présentait à ses confrères de l’Académie des sciences, il y aura bientôt deux siècles [3], n’est pas seulement remarquable par l’étude attentive qu’il en a donnée, et où se reconnaissent sans peine les qualités de précision et de rigueur de cet investigateur émérite, mais qu’elle offre surtout — et cela pour nous, actuellement, — • le plus haut intérêt, tant par sa provenance géographique, par la population à laquelle plus que probablement elle a appartenu, que par l’extrême rareté des vestiges, en particulier squelettiques, qui subsistent de cette population, éteinte tout entière depuis très longtemps.

Avant d’aller plus loin, il importe d’abord de reproduire en sa teneur littérale l’observation même de Winslow, telle que nous la donnent les Mémoires de l’Académie (année 1722, pp. 322-324 de l’édition in-4 de l’Imprimerie Royale, 1724; et pp. 280-282 de l’édition in-12, imprimée à l’hôtel de Thou; Paris, 1778. La voici :

M. Victor-Henri Riecke, de Stuttgard (Wurtemberg), apporta l’année passée le crâne d’un sauvage de l’Amérique Septentrionale. Il l’avait trouvé dans l’isle nommée Hond-Eyland, c’est-à-dire Isle aux Chiens, située sous le 78e degré de latitude et le 310e ou plus de longitude. Il y trouva le tronc du corps de ce sauvage encore habillé, mais la tête en était séparée et presque entièrement décharnée par les oiseaux. Il la prit, la nettoya et la garda. Étant arrivé en France cette année, il me l’adonnée. Voici ce que j’y ai observé de plus singulier.

Le crâne est long et étroit, le front aplati et reculé, le sommet du crâne aigu ou en angle, l’occiput fort saillant et comme en pointe.

La trace demi-circulaire de l’un et de l’autre muscle crotaphite est fort étendue et en haut, où elle n’est éloignée de la suture sagittale que d’un peu plus d’un pouce, et en arrière, où elle va jusqu’à la suture lambdoïdale.

Les os propres du nez sont extraordinairement étroits, de sorte que la largeur des deux n’égale presque pas celle d’un seul de ceux de nos pays ; ce qui rend le nez fort enfoncé en haut et camus.

Les orbites et les os de la pommette sont d’une grosseur extraordinaire, ce qui rend le milieu du visage fort large.

Les os maxillaires ont beaucoup de saillie sur le devant sous les narines, à peu près comme dans le singe. Les branches montantes de la mâchoire inférieure sont très larges, mais basses à proportion. La circonférence du bord alvéolaire de la mâchoire inférieure se rétrécit vers le devant, et ne répond pas tout à fait à celle de la mâchoire supérieure qui va plus en arcade.

Les dents incisives inférieures sont fort étroites, au lieu que les supérieures sont larges. Les unes et les autres sont courtes; elles sont larges de devant en arrière, et plates, au lieu d’être tranchantes, et ressemblent plus à des dents molaires qu’à des incisives.

M. Riecke m’a dit que les habitants de cette isle mangent de la chair toute crue, et qu’il fut surpris de la manière dont il les voyait manger. Ils portent la viande entière à la bouche, ils la prennent avec les dents de devant, et ils la tiennent aussi en même temps avec une main, pendant qu’avec l’autre ils passent un certain instrument en guise de couteau tout près de la bouche, avec lequel ils coupent ou plutôt scient fort grossièrement les morceaux à mesure qu’ils mangent. Ils font plusieurs mouvements extraordinaires avec la mâchoire, et beaucoup de grimaces en mâchant et en avalant.

C’était principalement ce spectacle qui porta M. Riecke à chercher quelque cadavre de ces Insulaires, pour voir si leurs mâchoires et leurs dents avaient quelque conformation particulière : effectivement aucune des dents de cette tête n’ont été propres à inciser, mais plutôt à faire l’office de moulin et à broyer ; ce qui ne se peut faire aisément ni délicatement, quand la viande est crue et que les morceaux sont gros.

L’exacte détermination de provenance est ici le premier point à bien fixer. Qu’est-ce que l’Ile aux Chiens? où se trouve-t-elle située ? Une erreur considérable s’est glissée de ce chef sous la plume de Winslow [4]. Ce n’est point, en effet, comme il l’а dit (peut-être par suite d’une faute d’impression), sous le 78e degré de latitude septentrionale qu’il faut aller chercher l’Ile aux Chiens. Cette île, ou plutôt cet îlot, qui fait partie depuis le traité d’Utrecht de nos possessions américaines de Saint-Pierre et Miquelon, se place en réalité par les 46° 43′ de latitude nord et 58° 28′ de longitude ouest à peu près. Avec quelques autres îlots (l’Ile aux Pigeons, l’Ile aux Vainqueurs, l’Ile Verte, le Grand Colombier), dont elle est le plus important, l’Ile aux Chiens constitue une dépendance de l’Ile Saint-Pierre, à l’est et à peu de distance de laquelle elle sort des îlots ; elle ferme la rade de Saint- Pierre, l’abritant contre les vents du large.

Cela posé, la question est de savoir maintenant quelle était en 1721, quand Victor-Henri Riecke recueillait le crâne donné par lui à Winslow l’année d’après, la population qui habitait, ou qui tout au moins occupait par intervalles, cet îlot que des vents violents, de longs hivers, un été sans chaleur font participer aux conditions de la zone glaciale, malgré sa situation sous une latitude moins septentrionale que celle d’une grande partie de la France. Ainsi qu’on l’aura remarqué, le récit même du voyageur est formel sur ce fait : il existait encore des indigènes à l’Ile aux Chiens lorsqu’il la visita ; Riecke avait vu ces sauvages « mangeant de la chair toute crue », et les détails relatés fournissent la preuve évidente que le crâne était bien celui d’un de ces insulaires, puisque le corps fut trouvé encore habillé, et que, d’autre part, si Riecke avait ramassé et rapporté la tête osseuse, c’était précisément pour s’assurer de l’effet que pouvait avoir produit sur le système dentaire le mode de mastication, le régime alimentaire qu’il avait été à même de constater.

Or, l’Ile aux Chiens, de même que tout l’archipel de Miquelon, a perdu aujourd’hui sa population indigène ; et, dès lors, il ne saurait être répondu à la question posée qu’indirectement, par ce que nous savons des anciens habitants de la terre la plus voisine, située à quelques lieues à peine de Saint-Pierre, la grande île de Terre-Neuve.

A Terre-Neuve aussi, comme à Saint-Pierre, comme à l’Ile aux Chiens, la vieille population non-européenne a disparu; mais elle a disparu à une époque qui est connue exactement, et du moins savons-nous ici, de façon précise, quelle était cette population.

Nous ne voulons pas parler des Eskimaux. Les Eskimaux, il est vrai, sont descendus jadis beaucoup plus bas que leur actuel habitat hyperboréen. Ils paraissent avoir eu une aire d’extension assez considérable, en Amérique ; ils ont fait notamment des établissements à Terre-Neuve, où les traces de leur séjour et les restes de leur industrie se rencontrent encore çà et là, cachés dans les couches du sol ou bien recouverts par des tertres artificiels [5]. Mais nul doute qu’au XVIIIe siècle déjà, les Eskimaux ne fussent plus représentés à Terre-Neuve depuis un nombre incalculable de générations.

Les indigènes de Terre-Neuve étaient alors les Indiens Béothuk ou Bacothie, définitivement exterminés par les Blancs dans le premier quart du XIXe siècle, et qui, d’après Latham et les ethnologues les plus autorisés, se rattachaient à la grande nation des Algonquins du continent.

« Lors de l’arrivée des Blancs, — a écrit Elisée Reclus, au tome XV, p. 653, de sa Nouvelle Géographie universelle, — cette tribu d’Algonquins était encore nombreuse, quoique Champlain crût Terre-Neuve inhabitée. Les Béothuk accueillirent bien les étrangers ; mais ceux-ci, attirés dans le pays par leur instinct de chasseurs, ne virent dans les indigènes qu’un autre fauve. Les Mie-Mac du continent, ennemis héréditaires des Béothuk, profitèrent aussi de la supériorité relative que leur donnaient les armes à feu apportées par les Blancs, et souvent ils traversèrent le détroit pour détruire les campements situés dans le voisinage de la côte méridionale. Au commencement de ce siècle il ne restait plus qu’un petit nombre de ces Indiens, réfugiés dans les régions les plus désertes de l’intérieur, entourées de marais et de lacs. Le Gouvernement, dans ses tentatives de « civilisation », accordait des primes pour la capture des indigènes, et l’on s’empara en effet de quelques femmes, qui n’apprécièrent pas la bonté de leurs ravisseurs. C’est en 1823 que des chasseurs firent leurs dernières captives : depuis cette époque, personne n’a vu de Béothuk dans Terre-Neuve ; peut-être une petite bande de fugitifs réussit-elle à franchir le détroit de Belle-Isle et à gagner le continent, mais il n’y a pas lieu de croire que pareil événement ait eu lieu sans que Blancs, Eskimaux ou autres Indiens en aient eu connaissance. La race avait été déjà détruite par le fusil des trappeurs, les maladies, la misère et la faim, lorsque, en 1828, se constitua à Saint-John’s une Beothuk Society, qui se donnait pour mission de venir fraternellement en aide aux malheureux fugitifs. Les rares familles d’Indiens que l’on trouve actuellement dans Terre-Neuve sont des immigrants Mic-Mac. »

Les trois femmes indiennes prises en 1823 dans un wigwam, et dont il est parlé dans le passage précité, étaient la mère et les deux filles. La dernière survivante, du nom de Shanandithèt, mourut de phtisie à l’hôpital de Saint-Jean, après six ans de séjour [6]. Avec elle s’éteignit pour toujours la malheureuse tribu, si cruellement, si inutilement détruite, ainsi que tant d’autres, par les violences des Européens.

A part les traditions que nous venons de rappeler, ce que l’on sait des Béothuk se réduit à un court vocabulaire de deux cents mots environ, fourni au Rév. Leigh par une Indienne de la côte orientale de Terre-Neuve, et imprimé dans le quatrième volume du Journal de la Société de Géographie de Londres (p. 218) [7].

- Au point de vue proprement anthropologique, nos renseignements sont encore plus imparfaits. Un squelette avec le crâne, conservé au Muséum de Saint-Jean, est tout ce qui reste de la tribu détruite; mais ce précieux et unique spécimen n’a été, que nous sachions, ni étudié, ni reproduit, si bien que jusqu’à nouvel ordre il est permis de dire qu’il n’existe pas pour la science. Et nous voici ramenés tout naturellement au crâne de 1722 et à l’observation de Winslow.

Si, comme il y a les meilleures raisons d’en être convaincu, les Indiens de l’Ile aux Chiens ne différaient point de ceux de Terre-Neuve, on voit de suite quelle importance s’attache à l’observation en question et ce qu’elle nous apporte : c’est à savoir le seul exemplaire connu à ce jour et utilisable, tant que la pièce du Muséum de Saint-Jean n’aura pas été décrite, de crâne béothuk.

Une certaine réserve s’impose, dans l’examen de ce crâne, à l’endroit des trois figures, dessinées et gravées par Ph. Simonneau le fils, qui en accompagnent la description [8], et qui représentent : la première, le crâne vu de profil, en norma latérale; la deuxième, le crâne vu en dessous, sans la mâchoire inférieure ; la troisième enfin, la mandibule séparée, montrant le plan de l’arcade dentaire. Quelques invraisemblances se remarquent, en effet, sur ces figures ; des infidélités de rendu y sont manifestes, car le dessin craniographique ne disposait pas alors des moyens qu’il a su mettre en œuvre de notre temps. Mais si le dessin doit être soupçonné de quelque liberté, la plume entre les mains de Winslow est restée serve ; elle a retracé avec une exactitude absolue ce que l’observateur avait eu sous les yeux ; de telle sorte qu’en combinant texte et figures, corrigeant celles-ci par celui-là, nous pouvons prendre des caractères crâniens et faciaux une connaissance très suffisamment complète.

Ces caractères sont, en bref, les suivants :

Sexe masculin. Ossature céphalique éminemment massive, grossière et vigoureuse. L’aspect d’ensemble donne une impression de brutalité puissante, rappelant les crânes, d’origine océanienne ou hyperboréenne, placés aux derniers échelons. Les particularités morphologiques renforcent encore cette impression générale d’infériorité.

Crâne très dolichocéphale, à la fois par allongement antéro-postérieur et par rétrécissement transversal. — Front fuyant, déprimé, sans apparence toutefois de déformation artificielle, — Région sincipitale accu- minée ; forme carénée probable de la voûte ; obliquité sensible de . la ligne sincipito-lambdatique ; projection saillante de l’occiput. ‘

Crêtes temporales du frontal et lignes courbes pariétales extrêmement prononcées, les dernières s’élevant très haut, jusqu’à n’être séparées de la suture sagittale que par un intervalle de moins de trois centimètres, et s’étendant en arrière jusqu’à un niveau qu’elles atteignent fort rarement, la suture lambdoïde. — Dépression profonde des empreintes d’insertion de la région sous-occipitale.

Épaisseur considérable des arcades et apophyses orbitaires. — Orbite très haute, comme elle l’est en règle générale chez les Américains. — Racine du nez enfoncée. Étroitesse simienne des nasaux.

Régions zygomatiques « d’une grosseur extraordinaire », d’où élargissement extrême de la partie moyenne de la face.

Maxillaires supérieurs puissants, très projetés en avant dans leur partie sous -nasale ; grande largeur correspondante de la voûte palatine.

Mandibule massive, prognathe. L’éminence mentonnière paraît nulle ou peu marquée. Corps de la mâchoire médiocrement haut. Branches très larges, peu élevées, et offrant de fortes rugosités pour l’insertion des masséters.

Usure à plat des dents, particulièrement des incisives, en même temps fort épaisses, ce qui leur communique cet aspect cubique, molariforme, relevé par Winslow, et dont l’explication mécanique ne lui avait pas échappé.

Tels sont les principaux attributs de notre crâne de l’Ile aux Chiens.

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Fig. 1. — Crâne de l’Ile aux chiens, décrit par Winslow, en 1772.

Quoique certains de ces caractères, la conformation ogivale de la voûte crânienne, par exemple, puissent faire penser à un crâne eskimau (et il n’est pas inadmissible, au surplus, que d’anciens mélanges avec la race des « mangeurs de poisson cru » aient ici laissé leur trace), l’ensemble cadre bien, en somme, avec ce que l’on connaît de la craniologie algonquine. Chez les Algonquins de l’Est, Pequods et Narragansetts, domine effectivement un type ethnique présentant avec le type iroquois de sensibles affinités, et le type iroquois tire de sa forme crânienne une de ses meilleures caractéristiques. Les Iroquois, les Hurons, etc., considérés en général, ont le crâne franchement allongé. « Les travaux de Morton et de M. D, Wilson ont mis cette caractéristique au-dessus de toute contestation [9]. »

A l’appui de l’hypothèse que nous proposons, du rattachement des anciens indigènes de l’Ile aux Chiens à une fraction tout au moins de la grande famille algonquine, nous apporterons enfin un dernier argument, de valeur considérable à nos yeux: c’est la frappante similitude de constitution morphologique qui se remarque entre le crâne décrit par Winslow et les traits sur le vivant des Indiens Mie-Macs, ces ennemis héréditaires des Béothuk et les auteurs, avec les Blancs, de leur extermination. Les Mie-Macs constituent, dans la classification de Gallatin, la branche nord-orientale de la race algonquine, à côté des Abenaquis, des Etchemens et des Algonquins du Labrador. Ils seraient, d’après Kalm, une tribu des Abenaquis [10].

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Or, sur les photographies que voici (fîg 2), appartenant à la collection du Laboratoire d’anthropologie du Muséum, et qu’avec sa libéralité coutumière le professeur Hamy a bien voulu nous communiquer, nous relevons chez ces misérables Indiens de Terre-Neuve, d’aspect profondément dégradé et minable, des caractères céphaliques qui se superposent exactement à ceux du crâne de 1722. De même que sur ce dernier, le front est fuyant, l’arcade sourcilière épaisse et saillante, la racine du nez déprimée, la partie moyenne du visage extrêmement élargie par des pommettes vigoureuses, au relief accusé. Des mâchoires puissantes et projetées, une bouche énorme, la fuite du menton chez la femme, donnent à la partie inférieure de la face une apparence toute bestiale. C’est bien ainsi que devaient être, d’après leur crâne, les « Sauvages » de Riecke, et nous ne croyons pas possible de les identifier mieux, d’en tracer un portrait qui soit plus ressemblant.

[1] Winslow, né à Odense (île de Fiinen) en 1669, professeur d’analomie au Jardin du Roi, mort à Paris le 3 avril 1760.

[2] Crania Ethnica, p. 156. (La craniologie depuis la Renaissance jusqu’à nos jours.)

[3] Dans la séance du mercredi 1er juillet 1722. Le mémoire original de Winslow n’a pas été transcrit au procès- verbal manuscrit de la séance, où se lit cette simple mention : « M. Winslow a fait plusieurs observations sur une tête de sauvage, et en a fait voir plusieurs différences avec les nôtres. Il en donnera un mémoire. » Registre depuis le 7 janvier 1722 jusqu’au 23 décembre de la même année. Fol. 181. Bibliothèque de l’Institut.

[4] Plus considérable encore sous celle de Camper, disant que Winslow « s’est trompé quant à la situation de cette île, qui se trouve mieux indiquée dans la Géographie de Ilubner, p. 572, où cet auteur Га placée vers le tropique du Capricorne, en face du Pérou » (Dissert, phys. sur les différences ffue présentent les traits du visage, p. 24). Société des Américanistes de Paris. 17

[5] Ballet, delà Soc. ďAnthrop. de Paris, 1877, p. 574; 1878, p. 334.

[6] Dr Le Roy de Méricourt, Article Terre-Neuve du Dictionn. encyclop. des sciences médicales, de Dechambre.

[7] Voir aussi : Lloyd, Journ. Anthr. Inst. Gr. Br., t. IV et V; Gatschett, Proc. Amer. Philos. Soc, 1885, 1886, 1890.

[8] PL 16, p. 328, des Mémoires de l’Acad. des Sciences.

[9] Crania Ethnica, 472.

[10] Yoy. Prichard, Hist, natur, de l’Homme, trad. Roulin, t. II, pp. 112, 117.

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