Histoire des îles St Pierre et Miquelon

2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

Histoire des îles St Pierre et Miquelon - 2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

1908 – Les Troubles de St-Pierre

humaniteExtrait d’un article du journal socialiste, l’Humanité au sujet des manifestations de 1908.

Les Troubles de St-Pierre
L’Humanité, 20 décembre 1908, numéro 1707, p 2.

POURQUOI LES DESORDRES ONT ÉCLATÉ

Les événements de St-Pierre-et-Miquelon qui n’ont toujours pas été discutés par la Chambre, sont venus en revanche, hier, devant le Sénat, lors de la discussion du budget des colonies. Ils ont donné lieu à un court débat qui a montré comment les réactionnaires et cléricaux qui reprochent le plus aux socialistes de manquer de patriotisme, entendent ce sentiment lorsque leurs intérêts ou leurs passions particulières sont en jeu.

C’est ainsi qu’on a entendu M. Delahaye justifiée l’acte des manifestants cléricaux de Saint-Pierre arborant le drapeau américain « symbole de liberté contre vos persécutions »

De la part d’un nationaliste, la déclaration est à retenir. Mais il nous faut revenir sur le fond même du débat, à savoir les conditions dans lesquelles se sont produites les dernières manifestations. Nous avons reçu à ce propos, de notre correspondant à New-York, le citoyen Lamouret, une intéressante lettre, malheureusement trop longue pour que nous puissions la publier in-extenso, mais qui explique de façon très complète les troubles dont les deux petites îles terre-neuviennes sont actuellement le théâtre,

Après avoir montré le rôle de l’armateur Légasse, que nous avions déjà signalé, il se demande justement pourquoi cela fut facile de soulever la population de Saint-Pierre.

Pourquoi les troubles ?

Il montre que les raisons confessionnelles sont de façade et ont servi seulement de prétexte aux meneurs cléricaux En réalité les Saint-pierrais demandent qu’on leur rende les privilèges qu’ils avaient autrefois et qu’ils auraient aujourd’hui s’ils apporte- n’aient au gouvernement anglais ou américain. Saint-Pierre était, en effet, autrefois un port libre comme est encore aujourd’hui North Sydney en Nouvelle-Ecosse. Il connaissait alors un commerce florissant. Les navires canadiens y venaient s’approvisionner de marchandises destinées à l’île du Prince-Edouard et à la Nouvelle-Ecosse. C’était l’heureux temps où Saint-Pierre, seule de toutes les colonies françaises en exceptant l’Algérie, pouvait non seulement payer tous ses fonctionnaires, mais encore rapportait à la France.

La plaie du fonctionnarisme.

Le gouvernement cru bon d’augmenter le nombre des fonctionnaires, alors que le besoin ne s’en faisait nullement sentir ils atteignirent bientôt le nombre de 500, alors qu’il n y avait que 5000 habitants et la colonie se vit dans l’impossibilité de tes payer tous. Le gouvernement imposa alors des droits d’entrée, de séjour et de sortie aux navires venant de Saint-Pierre, droits proportionnels à la jauge des navires et très élevés. Les navires anglais s’abstinrent alors d’aller à Saint-Pierre et, fait à noter, les navires français eux- mêmes allèrent s’approvisionner à Sydney, port libre.

II s’en suivit la ruine du commerce de la colonie. Le gouvernement s’émut et décida de supprimer quelques fonctionnaires il n’en resta plus qu’environ 400, seulement entre temps bon nombre de Saint-Pierrais  ruinés et ne pouvant plus vivre à Saint-Pierre avaient émigré au Canada ou aux États-Unis ; si bien qu’à l’heure actuelle, s’il n’y a plus que 400 fonctionnaires, il n’y a plus que 3,500 habitants ce qui fait que la proportion est encore pire.

 

La question de la pêche

 

Le citoyen Lamouret nous signale encore des faits extrêmement suggestifs sari les procédés, d’exploitation du fameux Légasse. Nous y reviendrons. Il montre enfin la crise causée, pour une large part, par l’interdiction faite par tel gouvernement terre-neuvien aux marins de Saint-Pierre, de pêcher l’appât sur la côte du « French Shore », jadis mitoyenne, avant que nos gouvernants ne l’eussent cédée pour la reconnaissance de leurs prétendus droits au Maroc. En somme, tous ces faits démontrent que l’incurie de nos dirigeants a ruiné cette colonie, qui fut jadis, une des plus florissantes. Il ne faut pas s’étonner des conséquences. Mais il faut aux cléricaux et réactionnaires du genre de M. Delahaye une certaine audace pour essayer de tirer argument de la mise a des malheureux Miquelonnais, dont les pires exploiteurs sont leurs amis, les armateurs Légasse et Cie.

Voir aussi :

Notes :

  • Jules Delahaye, Parlementaire français Député 1889-1893 et 1907-1919, député boulangiste et antisémitisme virulent, proche de l’action française. Pour en savoir plus.

Votre adresse email ne sera pas publiée. Champs requis marqués avec *

*

Social Widgets powered by AB-WebLog.com.