Histoire des îles St Pierre et Miquelon

2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

Histoire des îles St Pierre et Miquelon - 2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

1994 – Rencontre avec Mgr François Maurer

Rencontre avec Mgr François Maurer
Le bulletin Snop no 945 – 8 juillet 1994

Mgr François Maurer, Vicaire apostolique de St Pierre-et-Miquelon, présente son diocèse, son histoire et les défis qu’il doit relever, compte tenu de la pauvreté des moyens disponibles.

Monseigneur, pourriez-vous présenter votre diocèse?

Mon diocèse est en vérité un Vicariat apostolique. L’éloignement de la Métropole, l’environnement anglais de l’île proche de Terre-Neuve, les quinze cents kilomètres qui nous séparent du Québec, mais plus encore la durée du trajet pour s’y rendre, car il n’y a pas de vol direct, ces raisons et d’autres encore nous maintiendront toujours dans l’orbite de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples.

Petit Archipel, petit peuple, petite circonscription religieuse … sept mille habitants sur quatre îles dont deux seulement avec leurs lieux de culte permanents. Les Saint-Pierrais ont leur Cathédrale et deux chapelles, les Miquelonnais s’honorent d’une belle petite église en forme de bateau renversé, construite au siècle dernier par des charpentiers de la marine, en partie avec des épaves de navires.

Il y a bien l’Ile aux Marins aujourd’hui dépeuplée avec son église qu’on dit la plus précieuse. De temps en temps nous y célébrons la messe à l’occasion d’un pèlerinage à Notre-Dame des Marins. La paroisse comptait au début de siècle quelque 700 fidèles auxquels venaient s’ajouter e été « les graviers », enfants bretons de 12-15 ans arrivés sur les trois-mâts pour le séchage de la morue.

Langlade est la plus grande île, mais n’ayant pas de port naturel, elle n’a pas attiré les pêcheurs. Son climat particulier lui vaut de nombreux estivants: on en parle comme de la Riviéra de l’Archipel. Une chapelle dédiée à sainte Thérèse dont l’intercession a sauvé d’un naufrage l’équipage avec le Préfet apostolique en 1927, se remplit tous les dimanches de juillet de d’août.

Et combien de prêtres sont aujourd’hui au service de cette communauté?

Au service du Vicariat nous sommes pour le moment trois prêtres de la Congrégation du Saint-Esprit. Le nombre est allé en diminuant les dix dernières années pour les mêmes raisons que partout ailleurs. Il est vrai que Saint-Pierre et Miquelon a connu de nombreuses vocations. Il y a une vingtaine d’années, on comptait quatorze prêtres tous missionnaires ou religieux autour de la planète. Il semble que tous en faisant leur choix aient pensé à la phrase de l’évangile: « Nul n’est prophète dans son pays ». Un pays si petit que chacun se dit cousin de tous.

Vicariat apostolique depuis 1970, Saint-Pierre et Miquelon a ét Préfecture à partir de 1763, quand la France, perdant ses arpents de neige d’Amérique du Nord, put garder l’Archipel pour ses pêcheurs de morue. En mai 1971, fut ordonné le premier évêque des îles. Un évêque-curé chargé de tous les services paroissiaux et « Directeur diocésain de l’Enseignement Catholique ». Les fidèles assez nombreux encore et aussi assez exigeants ne nous laissent pas le temps de nous ennuyer!

Quelle est l’histoire de Saint-Pierre-et-Miquelon autrefois appelé « Iles des Onze mille Vierges?

Saint Pierre et Miquelon, l’île des Onze Mille Vierges. C’est un Portugais venu dans les parages avant Cartier qui a donné ce nom à l’Archipel, tout simplement parce que le jour de la découverte, la Liturgie de ce temps-là célébrait la fête de cette foule de Saintes Vierges.

Cette appellation ne fut pas retenue quand, après 1536, date de la reconnaissance des îles par Jacques Cartier, les premiers pêcheurs bretons ou normands vinrent s’abriter ici sous le drapeau français et la Croix du Christ plantée sur nos rochers par le grand navigateur malouin. Le peuplement fut très faible au début, les pêcheurs retournant en Métropole à l’automne. Faisant partie de la Nouvelle France, l’Eglise locale recevait la visite de missionnaires Jésuites ou Cordeliers envoyés par l’évêque de Québec. On vit aussi des prêtres, embarqués au départ de France sur les bateaux de pêche, s’installer à Saint-Pierre lors d’une escale. Un moment il y en eut tellement que l’évêque de Saint-Malo dut les rappeler.

Quand le traité de Paris en 1763 céda le Canada à l’Angleterre, Rome érigeau les îles restées françaises en Préfecture apostolique confiée à la Congrégation du Saint-Esprit.

Au moment de la Grande Révolution, les premières Assemblées se tenaient à l’église. Quand deux prêtres, refusant le serment à la Constitution Civile du Clergé, s’expatrièrent vers les Iles de la Madeleine au Nord du Québec avec la moitié de la population de Miquelon, le Préfet apostolique ne voulant pas abandonner les fidèles, prêta serment et demeura sur place.

En 1815, après le Traité de Vienne, les Madelinois renvinrent en partie dans l’Archipel et reprirent la pêche à Miquelon.

Vers cette date s’arrêtèrent aussi les conflits avec les Anglais qui revenaient ici chaque fois qu’en Europe se déclarait la guerre entre France et Grande- Bretagne.

A neuf reprises tous les comptoirs ont été incendiés par leur Marine.

Pendant longtemps colonie française, Saint-Pierre-et-Miquelon devint au 20e siècle territoire d’Outre-Mer, département et enfin collectivité territoriale. Le dernier changement devait donner satisfaction au Gouvernement d’Ottawa mécontent de voir arriver auvec le département toute l’Europe de la pêche; il ne fut rien mais les relations avec le grand voisin restent tendues.

Comment envisagez-vous l’avenir de votre diocèse?

Depuis que le Canada a interdit la pêche de la morue, seule ressource naturelle du pays, j’entends ces réflexions désesprérées: qu’on ouvre un fabrique de valises et nous partirons. Je continue à prêcher l’espérance, Ce qui a été sera de nouveau: après des périodes de misère, des renouveaux. Pas de dénatalité sûrement dans les profondeurs de l’Océan. On recommencera la pêche après le moratoire canadien.

L’Eglise de Saint-Pierre est au service d’un peuple qui s’interroge sur son avenir, vir avec lui au jour le jour. Demain est à Dieu. Cette année, la Fête des Marins au chômage sera la fête de l’espérance. Quant à nous, les trops rares prêtres, il nous faut cultiver la même sainte et joyeuse espérance.

De quoi demain sera-t-il fait? Personne ne peut le dire.

Vous êtes membres de la Conférence des Evêques de France. Comment ce lien se manifeste-t-il?

L’Eglise de Saint-Pierre, membre de la Conférence des Evêques de France: c’est une bénédiction!

L’isolement est douloureux. La brume pendant plusieurs mois nous coupe du reste du monde. Actuellement nous recevons « La Croix » – par avion – avec cinq semaines de retard. Le courrier devient un psychose. Qu’importe les dates quand arrivent les gros plus de la Conférence des Evêques. On se sent en famille avec l’Eglise de France, on vit à son rythme. Et l’Assemblée de Lourdes, chaque automne, est le temps des retrouvailles. Heureux lien avec l’Episcopat français!

Quels sont vos liens avec l’Eglise canadienne qui n’est qu’à 25 kilomètres de vos côtes?

Nous n’avons guère de liens avec l’Eglise canadienne. Entourés de provinces anglaises, Terre-Neuve, Labrador, Nouvelle Ecosse, nous ne recherchons pas la collaboration sur des problèmes proprements canadiens, différents des nôtres. En outre, l’attitude politique d’Ottawa à notre égard rend méfiants.

Le Nonce apostolique du Canada est aussi Délégué apostolique pour Saint-Pierre-et-Miquelon. Des réflexions amères du Général de Gaulle à ce sujet ont fait qu’à Rome on a demandé au Nonce de se contenter de transmettre le courrier. L’Amérique aux Américains répète-t-on sur le Continent à côté, et ici ont souhaite rester Français. Merci donc à l’Eglise en France pour sa bienveillance à l’égard de la petite soeur d’au-delà de l’Océan.

Interview SNOP
Propos recueillis par Eric Bidot
Reproduit avec l’aimable autorisation de Mgr François Maurer

  • Jérôme Mikal Mi Mikal a dit :

    Au webmestre,

    C’est en recherchant le nom d’un prélat de mon enfance en Afrique que je suis tombé sur votre site. Je recherchais Monseigneur de la Maurer qui fut Vicaire apostolique Deux deux Guinées avec résidence à Pointe-Noire au Congo. J’étais alors enfant de choeur.
    Aujourd’hui, je suis retraité de l’Éducation nationale résidant à Reims.
    J’ai appris que Monseigneur aurait pris sa retraite dans ce diocèse. Sans avoir été sur le terrain pour en savoir plus, j’explore le web, avec l’espoir de trouver des traces des anciens missionnaires qui ont fondé l’Église du Gabon.
    À paris, j’ai appris que les archives de la congrégation qui se trouvaient 30, rue Lhomond ont été déménagées en banlieue ou centralisées à Rome.
    Pouvez-vous m’aider pour savoir si un lien de parenté existe entre Mgr de la Maurer et Mgr François Maurer.
    Merci pour votre réponse.
    Fraternellement
    Jérôme.

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