Histoire des îles St Pierre et Miquelon

2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

Histoire des îles St Pierre et Miquelon - 2900 documents: traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides.

1919 – 1936 – La CIBC aux îles Saint-Pierre et Miquelon

Au hasard des ses connaissances, on découvre parfois des sources peu connues sur l’histoire de notre archipel. Pour avoir dit en passant à une amie fraîchement arrivée aux archives de la Canadian Imperial Bank of Commerce, qu’il s’agissait-là d’une banque qui avait eu un temps pignon sur rue à Saint-Pierre, j’ai eu droit quelques jours plus tard à la livraison d’un dossier exceptionnel !

Je vous rassure tout de suite, chers lecteurs, il ne s’agit pas des relevés de comptes tenus par les clients de 1920, mais des parcelles d’histoire bien plus intéressantes ! Fondée en 1867, date de la Confédération canadienne, la CIBC a ouvert ses portes à Saint-Pierre le 10 février 1919, à la veille de la Prohibition, puis ferma définitivement ses portes le 14 octobre 1939, quelques mois après l’incendie désastreux qui ravagea le centre-ville et détruisit 17 maisons dont l’établissement bancaire.

Que contiennent donc les archives de la CIBC outre ces quelques dates clef ? Naturellement, on y retrouvera les noms des directeurs successifs de la banque : Mess. W. J. Church, R. B. Sturgeon, G. D. Dallaire, P. R. Hamel et J. R. Pilon. La trace de ces hommes dans l’histoire locale est plus que ténue : la discrétion étant une valeur sûre dans le monde bancaire hier comme aujourd’hui. Très certainement de passage, le temps de leur mission, ces hommes étaient sans aucun doute tous citoyens canadiens.

Concernant l’emplacement géographique de la banque, la CIBC de Saint-Pierre était adossée aux établissements Gabriel Littaye à l’angle de la rue Nielly[1] et la rue de Sèze[2], aujourd’hui l’angle des rues Albert Briand et Général Leclerc.

Nous savons donc qui étaient les responsables de cette institution, son emplacement géographique, mais qu’en est-il des activités de cette institution ? Il existe très peu de témoignages directs des activités bancaires de l’époque aux archives de la CIBC, à l’exception de deux textes, relativement courts, tirés respectivement des ouvrages suivants : The Caduceus, Staff Magazine of The Canadian Bank of Commerce, avril 1924, et The Canadian Bank of Commerce Year Book 1920: A Review of Business Conditions During the Year 1920.

Ce dernier texte décrit assez brièvement la situation économique des îles, le bilan annuel de la pêche ainsi que la construction du Frigorifique entamé en juin 1919. Pratiquement terminé, l’édifice ne semble pas du tout plaire aux habitants de l’archipel : peu sont convaincus que leurs compatriotes français mangeront du poisson congelé tant que du poisson frais sera disponible. La construction du nouvel hôpital est évoquée, cet édifice devant remplacer celui-là détruit lors de l’incendie de 1919. L’auteur finit son court rapport en évoquant les difficultés économiques des marchands et le cours défavorable du dollar.

D’ailleurs concernant le taux de change, le fonds photographique possède une image des plus intéressantes, celle de la vitrine de la banque avec un panneau d’affichage indiquant le taux du jour. Sachez donc que le 31 juillet 1920, le dollar s’achetait 11F20 et le dollar américain 12F35.

Quatre ans plus tard, A. K. Harvie, nous livre le témoignage d’un passage aux îles par le biais de Sydney d’un groupe de banquiers en route pour Saint-Pierre afin d’y procéder à un audit. Comme de nombreux voyageurs avant eux, tels Jean Alfonse en 1544 ou Chateaubriand quelques siècles plus tard, ces voyageurs sont impressionnés à leur arrivée par l’imposant profil de Columbia Isle – naturellement le Grand Colombier.

Une fois sur Saint-Pierre, Harvie et ses compagnons sont allés à la rencontre du gérant de l’époque, un certain R.B. Sturgeon. L’auteur nous livre alors ses premières impressions en cette terre de France, texte qui pourrait être présenté en parallèle avec des récits contemporains, mais dont la valeur historique n’est pas très grande, à l’exception de sa description du tiroir-caisse d’un guichetier …

Des pièces espagnoles, portugaises, certaines datant de 1750, les célèbres billets de 27 Francs de la Banque des îles, des billets de France, de Norvège, du Royaume-Uni, du Canada et des Etats-Unis, et naturellement de l’or. Une description à faire rougir d’envie tout numismate qui se respecte.

Le reste de l’article relate une brève rencontre avec le gérant de la Banque des îles, un homme d’entre cinquante-cinq et soixante ans, bilingue, très au courant des pratiques du change, mais qui – d’après l’auteur – n’aurait jamais quitté Saint-Pierre et n’aurait jamais vu ni voiture ni train ni tramway. N’ayant jamais nommé ce gérant d’établissement, il a fallu alors fouiller dans d’autres archives hors CIBC. S’agit-il de Prosper Ozon, 46 ans (en 1916), administrateur délégué depuis le 1er avril 1897 de la Banque des îles ? C’est une hypothèse plus que vraisemblable tirée de l’Almanach du centenaire de Daniel Gauvain.

Un dernier document vient compléter ce portrait, mais il ne provient pas des archives de la CIBC, il s’agit tout simplement d’une annonce publicitaire à publiée dans le Foyer Paroissial de 1933. Le texte de cette publicité révèle pour sa part le type d’activités bancaires proposées par la CIBC :

La Banque Canadienne de Commerce – Siège Social à TORONTO, Canada –  Un Compte d’Epargne – Il est toujours bon d’avoir un COMPTE d’EPARGNE dont les intérêts vous sont payés régulièrement et sur lequel il vous est loisible de tirer à un moment quelconque. – Un Compte d’épargne représente de l’argent disponible – Nous sommes organisés de façon a bien vous servir en ce qui concerne toutes les opérations de Banque, y compris la vente des traites, les bons pour espèces, les chèques de voyageurs, les lettres de Crédit, etc.

Sans hésiter, venez nous consulter sur toutes questions au sujet des opérations de la Banque. La Banque Canadienne de Commerce – Capital versé : 30 Millions de Dollars. Fonds de Réserve : 30 Millions de Dollars. Succursale de St-Pierre & Miquelon. P.R. Hamel – Directeur.

Voilà donc en quelques lignes, les bribes d’informations que recèlent les archives de la Banque Canadienne Impériale de Commerce concernant notre petit archipel. Une fenêtre supplémentaire, bien trop petite hélas, mais réelle sur notre passé. Il serait d’ailleurs intéressant d’en savoir davantage !


[1]“Cette rue est ainsi nommée pour rendre hommage à la mémoire du Chef du Service de Santé Nielly qui, pendant 10 ans, de 1859 à 1869 se consacra de façon admirable au service des malades.” – Historique des Rues de Saint-Pierre, Emile SASCO, 1930

[2] “M. de Sèze, Romain, avocat et magistrat. Comme avocat, prit la défense du roi Louis XVI devant la Convention. Sous la Restauration devint premier Président de la Cour de Cassation et Pair de France.” – Historique des Rues de Saint-Pierre, Emile SASCO, 1930

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